L'Aiglon [Saison 2008-2009]

Commentaire du metteur en scène.

Grand Dieu ! ce n’est pas une cause
Que j’attaque ou que je défends…
Et ceci n’est pas autre chose
Que l’histoire d’un pauvre enfant.



Il y a quelque 7 ans, j’ai eu le bonheur de mettre en scène, ici même, ce chef-d’œuvre absolu qu’est Cyrano de Bergerac, avec une distribution éblouissante.
Depuis lors, je me suis interrogé régulièrement : et L’Aiglon ?
J’en mourais d’envie comme metteur en scène, mais il s’agit d’une énorme production et le directeur n’a pas cessé de tempérer mes ardeurs. Finalement, les arguments du premier ont pris le pas sur ceux du deuxième : il s’agit bien d’un autre chef-d’œuvre du théâtre français, le titre est hyper-connu, l’intrigue est passionnante, le personnage est le plus romantique qui soit, les alexandrins de Rostand semblent couler d’une source quasi contemporaine.
Restait la question de la durée. Six actes, ce n’est pas courant, même si le sixième est extrêmement court, une sorte d’épilogue tragique. Je me suis donc attelé à des coupures qui furent chacune un déchirement, - avec en prime le problème de la prosodie -, mais quel autre chemin ?
Ouf ! je peux annoncer que nous terminerons à une heure raisonnable, transports en commun obligent !
Le Théâtre du Parc présente assez fréquemment des pièces exigeant une distribution importante. Avec 30 interprètes dans celle-ci, nous approchons quand même d’un de nos records en la matière.
C’est dire si l’apport du Centre des Arts Scéniques (CAS) est dans ce cas déterminant : il intervient pour 6 rôles dans cette production.

Et la pièce ? Elle est merveilleusement résumée dans le quatrain que l’auteur a placé en introduction à son texte et que j’ai repris en tête de cette communication. Il s’est certes permis des libertés avec l’Histoire et a inventé quelques personnages, mais il reste fidèle à une époque, il rapporte des événements connus, des situations relatées par des familiers ou des biographes du Duc de Reichstadt. Et c’est bien de l’histoire d’un pauvre enfant qu’il s’agit.

Enfin, pourquoi cette reprise en 2008 ? Pas parce que c’est le 140ème anniversaire de la naissance de Rostand, ni parce que c’est le 90ème de son décès.
Parce que s’il n’est pas trop tard, il est sans doute grand temps.

Comme il est temps, dans cette présentation, de résumer l’œuvre.
Fils de Napoléon Bonaparte et de la fille de l’Empereur d’Autriche, Marie-Louise, l’Aiglon a 20 ans quand la pièce commence ; nous sommes en 1830. Quinze ans ont passé depuis Waterloo. François, baptisé Roi de Rome par son père, est devenu après la défaite, Franz, Duc de Reichstadt. Il a été élevé à la cour de Vienne, ses valets sont des policiers, l’histoire de son père lui est soigneusement dissimulée, du moins le croit-on dans son entourage…

C’est donc dans sa résidence de Schönbrunn que les nostalgiques de l’épopée napoléonienne cherchent à le joindre pour le décider à rentrer en France et à y prendre le pouvoir.
Rostand a eu le génie d’inventer le personnage de Flambeau, ex-grognard de l’Empire, qui mène un complot, déguisé en policier-laquais. Cette conspiration échouera comme les autres et la mort du Duc mettra fin aux espérances d’une jeunesse romantique et contestataire.

- Yves Larec -