La folle de Chaillot [Saison 2009-2010]

Commentaire du metteur en scène.

La folle de Chaillot est la pièce testamentaire de Giraudoux. Il y reprend tous les thèmes qui lui sont chers, avec une franchise totale. Espérant peu la voir jouée, il y prend les mêmes libertés que Musset dans son « théâtre dans un fauteuil » : complexité de l’action, importante distribution, lieux multiples. Jamais son humour n’a été plus féroce, jamais ses opinions n’ont été plus affirmées.
Giraudoux était membre du dernier gouvernement français avant la guerre de 1940. Il y était chargé de la communication et des relations au public : c’était un diplomate, un homme politique des plus brillants, mais ses fonctions ne lui permettaient pas une totale liberté de parole.
Dans La folle de Chaillot, il la prend. Et sa pensée, en nos temps de crise, s’avère prophétique.

De quoi s’agit-il ? Des bandits veulent détruire Paris. Ils veulent raser des quartiers entiers de la ville, sous prétexte qu’il y aurait un grand gisement de pétrole dessous ! Il s’agit d’une nouvelle sorte de brigands. Une truanderie en col-cravate que Giraudoux désigne nommément : agitateur, spéculateur, prospecteur, coulissier, banquier, pdg et administrateur de tout poil !

Totalement infiltré et jugulé, l’Etat, pour leur résister, est impuissant.
La justice reste muette face aux méfaits des membres des familles les plus riches de France. « Pas de justice qui tienne pour un membre des deux cents familles » dira le chiffonnier.
La bourgeoisie, trop impliquée, mouillée, adhère aussi à ce nouveau culte du veau d’or. La folie collective du profit s’est emparée de tous. Qui reste-il pour sauver la planète ? Quatre vieilles folles, un chiffonnier, un jeune noyé, une serveuse, des marchands de rues, des saltimbanques. Aurélie, la folle de Chaillot, prend la tête du mouvement, car il n’y a plus que les fous pour vouloir sauver le monde.

Aurélie est une écologiste avant la lettre, elle veut préserver la nature et les animaux, « la seule chose en ce monde qui en vaille vraiment la peine ».
Les solutions qu’elle préconise sont plus que radicales. Rassembler tous les hommes d’affaires malveillants de ce monde, dans les sous-sols de Paris (sous prétexte de prospection pétrolière) et les y cadenasser à jamais comme des rats dans un égout.
Dans cette fable, elle y parvient et nous convie à partager un monde plus bienveillant, plus équilibré, plus propre. Elle prône un développement durable, loin des recherches frénétiques de croissance.
Giraudoux aurait, je crois, signé le Pacte Ecologique. Qui pourrait rester insensible à son discours ?
Il est éminemment salutaire pour les jeunes et les moins jeunes en nos temps de grandes errances. Pour ma part, je rejoins volontiers le camp des « fous ».

- Jean-Claude Idée-