Le capitaine Fracasse [Saison 2009-2010]

Commentaire du metteur en scène.

Ce titre a fait rêver bien des générations.
Un château en ruine perdu dans les landes, un jeune baron désargenté rêvant d’aventures et de Paris, une troupe de comédiens ambulants, des duels superbes, des personnages truculents, un amour passionné et des rebondissements à chaque page… voilà ce qui enflamme depuis 1863 les lecteurs du roman de Gautier.

Théophile a cinquante ans lorsqu’il cède à l’éditeur Charpentier et se décide enfin à écrire ce roman annoncé depuis un quart de siècle.
Ce n’est plus le jeune homme fougueux et passionné qui incarna la célèbre Bataille d’Hernani en hurlant son admiration pour Victor Hugo face aux bourgeois du parterre. C’est un homme qui a traversé la vie et qui s’amuse, le temps de ce roman, à revivre sa jeunesse à travers les aventures de son héros, le baron de Sigognac.

Le succès de cette histoire n’a jamais pâli. Cette fois l'adaptation m'en a été confiée.
A dix ans, dans un cinéma de quartier de Watermael-Boitsfort, je vis Le capitaine Fracasse avec Jean Marais. Je sortis, émerveillé de cette projection et tout au long du chemin qui me ramenait à la maison, je fus Sigognac se battant pour l’amour de sa belle. Les passants me regardaient sans doute d’un drôle d’air, mais ils n’existaient pas pour moi. J’étais tous les personnages, je bondissais sur le trottoir, armé d’une épée imaginaire et je me battais contre des ennemis invisibles. J’ai toujours su, qu’un jour, je ferais quelque chose des agitations naïves de cet enfant qui se prenait pour un héros de capes et d’épées.

Beaucoup plus tard, lorsque je confiai à Yves Larec l’idée d’adapter Le capitaine Fracasse, il me confia qu’il avait été puni par un jésuite pour avoir lu le chef-d’œuvre de Gautier. Deux souvenirs d’enfance nous réunissaient. Je pouvais commencer mon travail.

Gautier est présent à chaque page de son roman. Il dialogue avec le lecteur comme s’il s’excusait avec beaucoup d’élégance et d’humour de se laisser reprendre par l’enthousiasme de sa jeunesse. J’en ai donc fait un personnage. Gautier est là, tiraillé entre son éditeur qui le presse d’écrire et lui promet 20 francs la page… et ses héros qu’il a laissés il y a plus de vingt-cinq ans dans un tiroir de son imaginaire. Au crépuscule de sa vie, ses personnages viennent le hanter et lui réclament un peu d’existence. Il accepte et se lance enfin en 1861 dans l’écriture de ce qui deviendra son roman le plus célèbre.

Le spectacle s’adresse à tous les enfants, jeunes et vieux, à ceux qui ont gardé au fond d’eux un peu de ce rêve qui nous console parfois des revers de l’existence.

Le décor a été confié à Catherine Cosme, une jeune scénographe sortie il y a peu de La Cambre et les costumes à Thierry Bosquet qui, revisitant les gravures de Gustave Doré et de Jacques Callot, donnera aux personnages cette allure burlesque et flamboyante des maîtres graveurs.

Une pléiade de comédiens venus de tous les horizons incarnera les figures chères à Gautier, les chansons seront mises en musique par Pascal Charpentier et les duels réglés par Jacques Cappelle.
Et un seul mot d’ordre : le plaisir !


- Thierry Debroux. -