Le diable rouge (Mazarin) [Saison 2010-2011]

Commentaire du metteur en scène.


Le diable rouge nous plonge à l’aube du règne de celui qui sera le plus grand Roi de France : Louis XIV. Nous sommes en 1658, année difficile… Avec la Fronde en toile de fond, le Cardinal Mazarin sait qu’il va bientôt devoir remettre les rênes du pouvoir dans les mains du jeune Louis, son filleul.

Mais avant de quitter la partie, Mazarin veut jouer un dernier coup pour remettre en selle, une fois pour toutes, le pouvoir de son Roi : le mariage du Roi avec l’Infante d’Espagne. C’est ce qui permettra de mettre fin à la guerre de Trente Ans qui n’en finit plus de vider les caisses de l’Etat. Anne d’Autriche, qui est Régente et espagnole, et son Ministre favori, Jules Mazarin, entament les démarches nécessaires auprès de la Cour d’Espagne.

Beau projet de politique extérieure ; mais survient alors un joli grain de sable dans cette mécanique trop bien huilée : Marie Mancini, propre nièce du Cardinal.
Louis en tombe amoureux fou et veut l’épouser… Cet événement imprévu remet en cause toute la toile politique patiemment tissée par le Cardinal. Ni Anne d’Autriche, ni Mazarin ne l’entendent de cette oreille.

Le jeune Roi, quant à lui, est bien décidé à écouter les raisons de son cœur plutôt que la Raison d’Etat. Sous nos yeux, Mazarin va donner à son filleul sa dernière leçon politique, celle qui le fera devenir définitivement Roi et pleinement homme.

Le diable rouge d’Antoine Rault nous convie avec intelligence et complicité à cet affrontement à la fois personnel et politique entre un Roi qui veut s’affirmer et un Cardinal soucieux de préparer le mieux possible un avenir politique auquel, il le sait, il ne participera plus.

Par son style, par son sens du dialogue, autant que par son expérience de la vie politique, en tant que conseiller dans un cabinet ministériel, Antoine Rault parvient à faire un parallèle saisissant entre notre époque et celle du début du règne de Louis XIV, mettant dans la bouche de Mazarin des paroles telles que : « Il y a quantité de gens qui travaillent, rêvant d’être riches et redoutant d’être pauvres ! C’est ceux-là que nous allons taxer, encore plus, toujours plus ! Ceux-là ! Plus tu leur prends, plus ils travaillent – pour compenser… C’est un réservoir inépuisable ».

Il faut dire que Mazarin nous a laissé dans son Bréviaire des politiciens un modèle de stratégies et de pensées aux apparences démocratiques mais en réalité au service d’un pouvoir qui se veut de plus en plus fort et autoritaire. Un pouvoir qui ne s’encombre ni de morale, ni d’équité pour arriver à ses fins. Machiavélique en quelque sorte…

Amour, pouvoir, argent, tous les ingrédients éternels nécessaires aux bonnes intrigues se donnent rendez-vous dans la pièce d'Antoine Rault qui a triomphé à Paris.


- Jacques Neefs -