Les caprices de Marianne et Fantasio [Saison 2010-2011]

Commentaire du metteur en scène.

Les deux pièces, Les caprices de Marianne (mai 1833) et Fantasio (janvier 1834) ont donc été écrites en une courte période par le très jeune Musset (23 ans).

Fantasio coïncide avec le début de son histoire d’amour avec George Sand. Les deux textes sont le fruit d’une période d’exaltation euphorique.
Les caprices de Marianne sont un drame burlesque ; Fantasio une comédie féerique et satirique. Pourtant les deux textes entretiennent des rapports structurels et thématiques étroits. Une capillarité émotionnelle les lie, c’est pourquoi l’idée de les faire interpréter par une même troupe de comédiens dans une même représentation nous a paru, à Yves Larec et moi-même, à la fois pertinente et divertissante.

Les deux pièces s’articulent autour de l’idée de la mésalliance. Dans Les caprices, on en voit les dramatiques conséquences ; dans l’autre, on apprend comment éviter, de justesse, un mauvais mariage. Dans les deux cas, on ne badine pas avec l’amour !
La sensualité brimée et refoulée peut avoir de terribles conséquences. Seuls l’hédonisme et la liberté permettent d’y échapper.

Rappelons brièvement les intrigues.
Les caprices de Marianne se déroulent à Naples. Marianne, jeune femme orgueilleuse, a épousé Claudio, un juge austère et misanthrope. Coelio, jeune homme sensible et sentimental, s’éprend d’elle. Trop timide pour l’aborder, il sollicite les services d’Octave, son ami d’enfance, libertin notoire. Octave aborde Marianne qui, indignée, repousse ses avances mais ne reste pas insensible au charme du messager. Octave la repoussera : Je ne vous aime pas, Marianne, c’est Coelio qui vous aimait.
La dualité de Musset libertin (Octave) et romantique (Coelio) s’exprime ici clairement pour la première fois.

Fantasio est un jeune noceur débauché, désargenté, tout à tour cynique et mélancolique. Poursuivi par ses créanciers, il reprend pour échapper à la prison la fonction du bouffon du roi, qui vient de mourir . Grimé, coiffé d’une perruque rousse, il endosse ce rôle au Palais auprès de la princesse que son père, pour éviter un conflit, destine au prince de Mantoue, un imbécile va-t-en guerre. La princesse est résignée à se sacrifier par amour pour son père et dans l’intérêt des peuples, mais son nouveau bouffon tente de l’en dissuader.
Une étrange relation s’installe entre ces deux êtres que tout sépare.

Ces deux pièces se répondent et s’interpellent dans un fascinant jeu de miroirs, mis en lumière par le fait que les mêmes comédiens les interprètent.

- Jean-Claude Idée -