Oedipe [Saison 2012-2013]

Commentaire du metteur en scène.

La tragédie d’Œdipe était considérée par Aristote comme un paradigme de la tragédie grecque, pour, notamment, son unité implacable de temps, de lieu et d’action. Cependant, cette unité ne fonctionne que par les évocations de plus en plus accablantes du passé, qui apparaissent pour faire la lumière sur la terrible malédiction qui hante la cité et pour, finalement, brouiller les repères du présent, noircir le futur et pousser Œdipe à vivre dans les ténèbres, aveugle et misérable.

Pour mettre en scène l’adaptation qu’Olivier Kemeid a écrite, témoignant d’un immense respect pour le texte de Sophocle tout en le rendant contemporain, je fais appel au fil conducteur qui guide le travail de ma Compagnie depuis des années, à savoir l’exploration des rencontres possibles entre texte, musique et mouvement.
Ici j’ai donc basé la mise en scène ainsi que la chorégraphie sur deux disciplines qui m’interpellent : d’une part le théâtre d’ombres utilisé en Extrême-Orient pour raconter des histoires fabuleuses, mêlant texte, musique, théâtre de marionnettes et autres arts scéniques traditionnels et ancestraux autochtones et, d’autre part, l’utilisation contemporaine de l’ombre et de la lumière. Certains artistes visuels contemporains travaillent en effet l’ombre et la lumière d’une manière inédite et leur nouvelle façon de dessiner et de sculpter l’espace naît de ces deux matières impalpables, non seulement pour souligner ou faire ressortir des éléments sur le plateau mais aussi comme objet scénique tout aussi important que le texte, la chorégraphie ou la musique.

Dans ma mise en scène, cinq acteurs jouent la tragédie d’Œdipe au temps présent. Ils interprètent Œdipe, Jocaste et Créon qui cherchent ou fuient la vérité dans un triangle familial infernal ; d’autres personnages – un vieillard, Tirésias, un jeune homme du peuple, Laïos, etc... interviennent également, identifiés à l’aide d’un simple accessoire. Un groupe de danseurs fait naître des images et des ombres à l’aide d’un dispositif scénique singulier et de l’utilisation de la vidéo.

La musique, créée pour l’occasion, souligne et appuie la ligne dramaturgique et chorégraphique de l’œuvre. Elle accompagne le mouvement des danseurs et le jeu des acteurs et permet aux deux disciplines de coexister sur la scène avec cohérence.

José BESPROSVANY.