Made in China [Saison 2013-2014]

Commentaire de la metteur en scène

En septembre 2008, Thierry me confie les premières pages de son nouvel opus, Made in China. Tout de suite, je lui exprime mon intérêt, tant comme lectrice que comme jeune metteur en scène, pour la thématique de la pièce ainsi que pour la forme que prend son écrit pour parler de ce monde si complexe qu’est celui du travail.

La pièce est créée à Lille sous la direction de Didier Keckaert pour la première fois en 2010. Fort du succès rencontré par cette première mise en scène du texte, un projet de version belge émerge mais reste en sommeil.

Vient le moment où Thierry me propose de venir travailler à ses côtés au Théâtre Royal du Parc. Au cours de notre réflexion commune sur la matière textuelle comme point de départ à cette collaboration, je lui reparle de Made in China. J’ai relu la pièce dans sa version définitive. Mon imaginaire est traversé d’un côté par cet univers si terrible du milieu de l’entreprise, ses comportements abusifs, ses absurdités de fonctionnement ; et de l’autre par la puissance de la dérision, de l’ironie et de l’humour comme levier qui sous-tend le texte. Je repense à Michel Vinaver qui, dans La demande d’emploi écrite en 1971, avait déjà cherché à montrer les ravages causés par la pression que subissent certains employés, certains responsables également. Me revient à l’esprit le film Ressources humaines de Laurent Cantet où un jeune stagiaire en Ressources humaines est chargé de participer à un plan de licenciement dans l’entreprise où son père travaille comme ouvrier depuis 30 ans.

Made in China adopte un point de vue percutant sur ce que vivent beaucoup de personnes. La gageure est de trouver « la voie du milieu, le Tao », entre les décalages et les thèmes profonds du texte : le stress de perdre son emploi, la peur de ne pas convenir, les mises au placard, le harcèlement moral, et une certaine logique de l’économie de marché qui broient physiquement et mentalement les individus, les familles, les couples.

Mettre en scène le texte de Thierry, c’est chorégraphier une «gudian wu dao» ou une «min jian wu dao» (*), entre toutes les émotions (par lesquelles je suis passée en me plongeant dans Made in China) et les problématiques que la pièce soulève, et faire voyager les spectateurs dans un ballet dramatique et folklorique « made in China » :
« Dansons, dansons, tant que nous pouvons, pourvu qu’il nous reste la télévision ».

Le spectacle verra le jour au printemps 2014. Il sera probablement toujours autant d’actualité que lors de ma première lecture en septembre 2008.

Résumé.
Une société de traitement de déchets délocalise en Chine. Lisa, une brillante RH est embauchée pour choisir qui des cadres de l’entreprise sera détaché pour former les salariés locaux. On lui propose trois candidats :
un homme de 50 ans avec une longue expérience, Jean-Pierre ; deux jeunes cadres dont l’un est un grand anxieux et l’autre a un profil de jeune loup, Philippe et Nicolas.
Pour les départager, elle utilise des méthodes de management étonnantes, telles que les soumettre à des exercices de Kendo, de karaoké, ainsi qu’à des séances d’expression spontanée très inattendues.
Elle engage Sophie, une des secrétaires de l’entreprise pour l’assister dans sa mission et surveiller les candidats en son absence.
Lisa séduit Nicolas et fait voler en éclats le couple qu’il essaye de former avec Sophie….

(*) Note : les danses chinoises.
Elles comptent deux styles principaux. Il y a la danse folklorique, «min jian wu dao», que tous, parmi les 56 ethnies minoritaires, peuvent danser lors des fêtes, et qui raconte un bref récit. Dans la majorité han, les hommes peuvent jouer des rôles de femmes et vice-versa. Les vêtements sont rouges avec un col chinois et des boutons en forme de nœud. La danse se fait à petits pas et on y utilise des accessoires : lion, dragon, éventail, foulard et tambour.
I l y a aussi la danse classique, «gudian wu dao», exécutée par des professionnels et qui comprend le ballet chinois (récent), mais surtout la danse traditionnelle, dont l’Opéra de Pékin, fondé il y a plus de 200 ans, est l’exemple par excellence, intégrant danse, chant, théâtre, mime, arts martiaux et poésie, dans des intrigues dramatiques. On y prône de grands idéaux comme la vertu et l’intégrité, et le bon finit toujours par l’emporter. A l’origine, les hommes seuls tenaient tous les rôles, masculins ou féminins.