Les 1001 nuits [Saison 2013-2014]

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Pistes d’analyse du spectacle « 1001 nuits »
• Compare et repère les différents niveaux de récits dans la pièce ?
Eléments de réponse : - Niveau zéro : il s’agit d’une pièce de théâtre. Le fait que le personnage de Laurent soit joué par un comédien, que tout ce récit se déroule dans un théâtre sont des éléments affirmés et non cachés. (Dans la scène de la cavalière aux cheveux d’or, réplique finale d’Ibrahim par exemple).
- Niveau 1 : la vie contemporaine de Laurent et son environnement familial. Ce niveau apparaît au début du spectacle par exemple, où Laurent et sa femme Laure sont dans leur appartement. Laurent, après avoir mangé des gâteaux magiques d’Ibrahim va entrer dans le monde des 1001 nuits. Ce niveau 1 du récit revient petit à petit en fin de pièce avant que Laurent n’y retourne définitivement.
- Niveau 2 : le monde des 1001 nuits. Il s’agit de l’univers des 1001 nuits dans lequel Laurent évolue dans la majeure partie du spectacle et qui est incarné par tous les personnages et toutes les histoires que Laurent va rencontrer à travers son périple.
• Pourquoi ces différents niveaux de narration ?
Eléments de réponse : le niveau 1 est une façon de ramener les 1001 nuits à notre époque et de créer un lien direct avec les spectateurs.
L’interaction entre la vie de Laurent (niveau 1) et les 1001 nuits (niveau 2) montre comment la fiction peut nourrir notre vie et nous faire évoluer.
Le niveau 0 installe une distance héritée de Brecht qui installe cette pièce dans la modernité, permet d’affirmer la présence théâtrale, qui ne cache pas les artifices mais les affirme (voir par exemple la tirade finale de monsieur Ibrahim). En avouant la théâtralité, le spectacle ne casse pas la magie et les émotions mais les amène à un autre degré, une conscience sensible.
• Compare une histoire originale des 1001 nuits et son traitement dans le spectacle ?
Eléments de réponse : Par exemple, l’histoire du roi des îles noires. Cette histoire a été utilisée à divers endroits de la pièce : La cavalière aux cheveux d’or, la mort de l’adolescent, et les poissons du père mort.
Quel sens a cet éclatement ? Le spectacle utilise ce dont il a besoin pour raconter le parcours du protagoniste Laurent. Dans l’extrait de la cavalière aux cheveux d’or, cette partie du récit est une façon pour Laurent de se débarrasser de son idéal féminin. Dans la mort de l‘adolescent, il s’agit par cette histoire de tuer symboliquement
son frère et pour ce faire, l’inconscient de Laurent utilise cette séquence et masque la nature du personnage du frère au protagoniste. Les poissons sont un moyen économe d’incarner l’étrangeté du père de Laurent et son pouvoir mortel puisqu’à chacune des apparitions, un des poissons disparaît. Il est possible aussi de comparer l’histoire originale du bossu récalcitrant avec son traitement dans la pièce.
Pourquoi avoir choisi le point de vue du bossu pour conter l’histoire ? Par souci d’économie narrative et pour donner un conteur porteur du récit. De plus, comme il s’agit d’un spectacle et non d’un conte, le récit est traité comme une performance de tréteaux où le comédien manipule des comédiens comme s’il s’agissait de marionnettes. Ce procédé permet d’utiliser le mime et les marionnettes afin de raconter cette histoire et de créer une performance théâtrale (qui est en contraste avec la non performance théâtrale lors de l’histoire d’Ali Baba). Il s’agit
ici aussi de mettre en scène le théâtre dans le théâtre, d’affirmer une nouvelle fois le cadre dans lequel l’histoire est racontée.
Il est aussi possible de comparer l’histoire originale d’Ali Baba avec son traitement dans la pièce. Relire la scène des artisans dans « Le Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare apportera des éléments d’analyse. Dans les deux cas, le comique est amené par la parodie, par le jeu sur théâtre dans le théâtre, par le crescendo des difficultés
auquel le metteur en scène est confronté à cause de l’incompétence de ses comédiens occasionnels.
• Quelle évolution connait le personnage de Shéhérazade dans le spectacle ?
Eléments de réponse : Issue du conte cadre où elle joue le rôle qu’on lui connaît dans les 1001 nuits, elle égrène ensuite les nuits comme une conteuse, introduisant les récits, les commentant, pour finir par devenir active en entrant en contact avec le personnage de Laurent, en le provoquant au moment où il traverse le désert ou en le confrontant à la mort en se glissant dans la peau de Sinbad. Plus la pièce avance, plus elle joue un rôle important toujours en lien à l’aventure de Laurent.
Il y a aussi un mystère créé autour de la personne que Laurent a utilisée dans son entourage pour figurer Shéhérazade. A la fin, Laurent comprendra qu’il s’agit de sa mère. Il est intéressant de voir comment ce fait est préparé par divers éléments du texte ou de la mise en scène, afin que les spectateurs le devinent avant Laurent. Il est aussi intéressant de se demander quel sens on peut donner à cette « figuration » de Shéhérazade en réfléchissant à la vie du personnage de Laurent et à l’importance de la fiction dans celle-ci. Il peut être aussi intéressant d’analyser le parcours du personnage central de Laurent, de chercher à comprendre comment tout le spectacle l’amène à dépasser la crise « de la quarantaine » dans laquelle il est installé, comment à
travers les fictions qu’il va traverser il va prendre conscience de toute une série d’éléments de son passé (la mort de sa mère, le rôle joué par son père) de son présent (ses relations avec son frère, son patron, ses tocs, ses doutes…), comment les histoires qu’ils traversent vont l‘aider à évoluer….
Il est aussi possible d’analyser le parcours du personnage d’Ibrahim. Il est intéressant de voir comment par ses interventions, ce « génie » va intervenir comme adjuvant dans la vie de Laurent, comment les auteurs ont varié ses entrées, réinventé la nature de ses interventions théâtrales pour en faire un personnage ludique et toujours surprenant.
• Quels motifs récurrents sont utilisés dans la pièce ?
Eléments de réponse : Le chiffre 3 par exemple est décliné de diverses façons. Par les personnages : 3 eunuques, 3 qalandars, 3 estropiés, 3 poissons… Par le nombre d’apparitions de ces mêmes personnages (les poissons viennent trois fois, tout comme les estropiés). Cette utilisation du chiffre 3 évoque évidemment la structure de pensée de Laurent (qui avec ses tocs compte 1, 2, 3). Comme le spectacle est le fruit de ce que son inconscient met en jeu, sa structure mentale s’y retrouve logiquement. La répétition du chiffre 3 est aussi une mécanique théâtrale classique où lors de la troisième apparition d’un même élément, les choses évoluent. Il est possible également de voir la portée du chiffre 3 dans le dictionnaire des symboles.
• Qui sont Jean-Jacques et le frère par rapport à Laurent ?
Eléments de réponse : Comme il est dit explicitement dans la pièce, Laurent a utilisé deux personnages de son entourage pour figurer une partie de lui-même « Nous sommes toi ! » lui disent-ils. Ils incarnent donc une partie de Laurent, une forme de surmoi écrasant pour le personnage de Jean-Jacques et une part d’enfance plus instinctive (proche du ça) pour le frère. Il est intéressant de voir par quel biais fictionnel (la mort de l’adolescent et la scène du cloaque d’Oman) Laurent va se débarrasser de ces deux personnages et du « complexe » qu’ils représentent dans son inconscient.
• Décris le rôle et l’importance de la fiction à travers ce spectacle ?
Eléments de réponse : La fiction joue ici un rôle de révélateur à Laurent, c’est par les histoires des 1001 nuits que sa vie va évoluer. Ici, la fiction n’est pas séparée du monde concret, la pièce montre au contraire que fiction et réel s’interpénètrent et s’influencent l’un l’autre. De façon positive, puisque dans le conte cadre Shéhérazade sauvera
sa vie en racontant des histoires et que Laurent va mieux comprendre la sienne par son passage à travers les récits des 1001 nuits. La fiction est ici nourricière et libératrice.
• Comment la mort est-elle présente dans tout le spectacle ?
Eléments de réponse : par les personnages morts comme le père ou la mort de la mère qui est évoquée, mais aussi par la mort représentée de divers personnages comme la cavalière aux cheveux d’or, le frère ou Jean-Jacques, et enfin par l‘intervention des macabres.
Quelle réflexion sur la mort peut-on tirer de cette présence ? Laurent doit se débarrasser du poids des fantômes qui le hantent (sa mère et son père). Les morts des personnages sont eux une façon de se débarrasser du complexe inconscient qui bloque Laurent dans une crise, une souffrance. Les macabres incarnent la mort psychologique dont Laurent doit sortir pour retrouver sa femme et le niveau 1 de narration. Compare les différents registres de langue utilisés dans la pièce ?
Eléments de réponse : les monologues en prose poétique de Laurent, la langue déstructurée (proche de Michaux ou
de J-P Verheggen) pour les macabres, des dialogues dans un registre proche du quotidien (avec différents niveaux de langue suivant les personnages : plus enfantin pour le frère et plus soutenu pour Jean-Jacques par exemple), des dialogues plus lyriques pour certaines séquences comme dans la cavalière aux cheveux d’or ou la mort du
père, la narration au vocabulaire plus livresque de Shéréhazade.
• D’autres bonnes questions à se poser :
- Analyse l’évolution du costume du personnage de Laure ? Ou de Shéhérazade ? Explique ces changements en
éfléchissant au parcours du personnage.
- Réfléchis à la scénographie ? Pourquoi une ancienne bibliothèque ? Comment le décor donne-t-il du jeu ?
Comment ce décor de départ évolue-t-il ? Pour créer quel sens, quels rebondissements ?
- Quelle vision du monde est proposée à travers le parcours de Laurent ?
- Réfléchis à l’utilisation des registres comique et tragique dans le spectacle ? Quel effet cette alternance de ton crée-t-elle d’un point de vue théâtral, pour le sens ?
- Compare le conte cadre avec son traitement dans le spectacle ? Que cette comparaison te révèle-t-elle sur la dramaturgie globale du spectacle ?
- Comment les auteurs ont-ils réactualisé les histoires des 1001 nuits ?