La cantatrice chauve et La leçon [Saison 2004-2005]
Commentaire du metteur en scène.
En 1948, Eugène Ionesco entreprit d’apprendre l’anglais avec la méthode Assimil : L’anglais sans peine. Les dialogues entre Mr et Mrs Smith, leurs amis, Mr et Mrs Martin, et leur bonne, Mary, qui constituent l’essentiel de ce manuel, inspirent à l’auteur les personnages et les dialogues d’une pièce dont le titre oscillera longtemps entre L’heure anglaise, Une heure d’anglais, et autres Big Ben folies.
Lors d’une répétition, un comédien eut un lapsus et métamorphosa une "institutrice blonde" en "cantatrice chauve". Ionesco fut séduit, le titre trouvé et adopté. Il suffisait d’ajouter une ou deux répliques : "A propos, la cantatrice chauve ? Elle se coiffe toujours de la même façon".
Théâtre de l’absurde, anti-pièce !
Une création, en 1950, accueillie par des murmures de mécontentement, des indignations spontanées, des railleries…
Et depuis… 15 ou 20.000 représentations aux quatre coins du monde… et un succès qui ne s'est pas démenti depuis.
Dans La cantatrice chauve, sa première pièce, Ionesco envisage le langage comme une mécanique absurde qui finit pas se détraquer et exploser. Dans sa seconde pièce, La leçon, l’absurde et le comique existent mais le langage, synonyme de terrorisme, devient l’instrument d’un pouvoir abusif ; les mots aboutissent au tombeau (cfr. : la "Notice" sur La leçon : éd. La Pléiade : le théâtre complet de Ionesco).
Source d’inspiration : le livre d’arithmétique de sa fillette Marie-France : "Je me suis dit qu’à partir des éléments les plus simples de l’arithmétique, de l’alphabet arithmétique si je puis dire, on pouvait tirer une pièce".
Ces données fournirent l’impulsion initiale.
Une "seconde leçon" - celle-ci linguistique - succède à la première : insolite, drôle, inquiétante, qui débouche sur l’orgasme d’un "serial killer".
Un premier accueil tiède. Ensuite un triomphe.
Deux pièces drôles ; dans la première : une certaine violence, dans la seconde : une violence certaine.
Beaucoup de "théories" à propos de ces pièces, beaucoup d’analyses.
A nous d’en extraire une vérité sans soumission.
- Pierre Fox -