Un mari idéal [Saison 2002-2003]
Commentaire du metteur en scène.
Sir Robert Chiltern est non seulement un mari idéal mais aussi un politicien inspiré et un diplomate talentueux. Sa vertueuse épouse, Gertrude, l'accompagne avec confiance, ambition et perfection. Mais la tour d'ivoire dans laquelle vivent Gertrude et Robert Chiltern va bientôt être mise à mal par la révélation d'une «erreur de jeunesse» de Sir Robert.
Laura Cheveley, de retour en Angleterre après plusieurs années d'absence, détient une lettre qui remet en question l'honnêteté du jeune homme d'Etat. Craignant de perdre l'amour de sa femme, Robert accepte le marché que lui propose Mrs Cheveley...
Comédie politique ou tragédie légère, Un mari idéal est une pièce à paradoxes.
Derrière l'apparente futilité et la brillance du dialogue, des êtres se cachent, se cherchent, se méprennent, se trompent et se condamnent. Plus qu'un théâtre de conversation, il s'agit d'un théâtre-peinture, exécuté par un artiste élégant, où rien n'est pourtant ni clair, ni lisse, et où l'on assiste à une anarchique redistribution des cartes, des valeurs et des identités (sexuelles en particulier), les masques tombant, laissant entrevoir, au-delà du portrait des frivoles et des mondains, l'horreur, la corruption et, souvent, le désarroi. Jusqu'au final en demi-teinte d'une pièce sans vainqueur…
Certains en sortiront indemnes, ceux qui n'aspirent à rien et ne peuvent être déçus, parce que, derrière leur masque, il n'y a que du vide.
Pour Wilde, il faut avoir des idéaux, mais ne pas demander à l'homme ou à la femme plus qu'il ou elle n'en est capable, car, pour exemple, l'idée d'un mari idéal, d'un homme idéal et par là-même d'une femme idéale est un idéal perdu d'avance.
Wilde a essayé, dans la mesure de ses capacités et en toute conscience de ses faiblesses d'homme, de rester fidèle à lui-même et de vivre passionnément, de toutes les façons, sans se soucier des codes et des rôles. Il a tenté le diable, parfois en hésitant, parfois par de stupéfiantes fulgurances. Et il a fini par être condamné par ceux-là même qui, selon lui, n'existaient pas. Et ce seront ses hésitations et ses fulgurances qui le perdront au cours de trois procès qui le laisseront sans voix...
- Michel Kacenelenbogen -